En 2026, plus de 4,2 millions de travailleurs indépendants exercent en France, et les créations de micro-entreprises ont atteint un record absolu en 2025 avec 758 600 nouvelles immatriculations. Face à cette montée en puissance du travail autonome, la question du statut juridique devient vite un casse-tête. Portage salarial, micro-entreprise, SASU : les écarts de revenus nets et de protection sociale sont bien plus importants qu’ils n’y paraissent au premier coup d’œil.
Ce qu’une simulation révèle vraiment sur vos revenus
Avant de choisir un statut, beaucoup de consultants s’arrêtent au revenu net affiché. C’est souvent trompeur. Une simulation portage salarial bien construite doit intégrer les frais de gestion de la société de portage (entre 5 % et 10 % du chiffre d’affaires HT), les cotisations sociales, mais aussi la tranche marginale d’imposition. Sans ce dernier paramètre, la comparaison avec la micro-entreprise penche toujours en faveur de cette dernière, alors que la réalité est plus nuancée.
À titre d’exemple, avec un TJM de 600 € sur 15 jours par mois, la micro-entreprise génère environ 4 340 € nets, contre 3 763 € en portage salarial. Mais la micro-entreprise n’ouvre aucun droit au chômage, n’intègre pas de retraite complémentaire Agirc-Arrco et n’inclut pas la RC Pro. Le portage, lui, offre une estimation d’ARE d’environ 1 800 €/mois en cas d’interruption d’activité. Ramené à cette réalité globale, l’écart de quelques centaines d’euros mensuels change de nature.
Autre point à surveiller : depuis juillet 2026, le taux de cotisations des professions libérales relevant du régime général ou du CIPAV est passé à 26,1 % du chiffre d’affaires, contre 21,2 % auparavant. Les simulations établies avant cette date sont donc à actualiser.
Portage salarial : qui est vraiment concerné ?
Le secteur regroupe aujourd’hui environ 70 000 consultants actifs, majoritairement des cadres (plus de 80 %), et son chiffre d’affaires atteignait 2,05 milliards d’euros en 2022 selon le rapport de branche PEPS 2025. Mais contrairement à l’image du senior reconverti, 37 % des salariés portés déclarent moins de 10 000 € bruts annuels : le portage sert souvent à tester une activité, compléter un emploi existant ou traverser une transition professionnelle.
La condition d’éligibilité la plus souvent ignorée : un TJM minimum légal de 250 €/jour. En dessous de ce seuil, le portage salarial n’est tout simplement pas accessible. Les activités éligibles restent circonscrites au conseil, à l’informatique, à la formation et à l’ingénierie. Le commerce de marchandises et les professions réglementées (médecine, droit, architecture) en sont exclus.
Côté administration, l’avantage est net : une dizaine de minutes de gestion mensuelle contre plusieurs jours par an en SASU, la facturation et la paie étant entièrement prises en charge par la société de portage. La fiche de paie émise est assimilée à celle d’un CDI par les banques, ce qui facilite sensiblement l’accès au crédit immobilier.
Comment interpréter les simulateurs en ligne
Tous les simulateurs de portage ne se valent pas. Certains intègrent des avantages annexes (chèques cadeaux, épargne salariale via PEE ou PERCO) dans le calcul du net, ce qui gonfle artificiellement le résultat affiché. D’autres utilisent des barèmes URSSAF obsolètes, en décalage avec le PASS 2026. Avant de vous fier à un chiffre, vérifiez la date de mise à jour et assurez-vous que le simulateur précise clairement si le net est indiqué avant ou après impôt sur le revenu.
Pour choisir en connaissance de cause, une grille simple s’impose : si votre TJM est inférieur à 300 €/jour et votre chiffre d’affaires annuel inférieur à 30 000 €, la micro-entreprise reste la solution la plus légère. Au-delà de 400 €/jour, avec un besoin de protection sociale, le portage devient pertinent. Pour des revenus supérieurs à 100 000 €/an et une volonté d’optimiser via les dividendes, la SASU prend le dessus.
Choisir son statut n’est pas une décision une fois pour toutes. Les conditions évoluent, la fiscalité se modifie, et votre activité elle-même change de nature. Mettre à jour ses projections régulièrement est peut-être la démarche la plus utile qu’un freelance puisse adopter.

